Appropriation par Erreur du Transmetteur à Marbella
Appropriation de biens reçus par erreur du transmetteur
L'article 254 du Code pénal — auquel nous avons déjà fait brièvement référence dans notre contenu général sur l'abus de confiance en tant qu'incrimination résiduelle — revêt aujourd'hui une importance pratique singulière du fait du phénomène du virement bancaire erroné : de l'argent qui arrive sur un compte d'autrui à la suite d'une erreur humaine ou informatique du donneur d'ordre, et que son destinataire décide de ne pas restituer. Chez RAKH ABOGADOS, nous analysons en détail cette figure, à la structure et aux exigences probatoires propres, aussi bien pour défendre celui qui a reçu les fonds que pour représenter celui qui les a transférés par erreur.
Configuration de l'infraction : le comblement d'une ancienne lacune légale
L'article 254.1 du Code pénal punit d'une peine d'amende de trois à six mois quiconque, ayant indûment reçu, par erreur du transmetteur, de l'argent ou un autre bien meuble, nie l'avoir reçu ou, l'erreur constatée, ne procède pas à sa restitution, pour autant que le montant excède 400 euros. Avant l'incrimination expresse de ce comportement, la jurisprudence se heurtait à une véritable lacune : celui qui recevait de l'argent par erreur ne commettait pas de vol, car le bien était à sa disposition et il ne le prenait pas en le soustrayant ; il ne commettait pas d'abus de confiance au sens strict, car il n'existait pas le titre de confiance préalable — dépôt, commission, gestion — qu'exige l'article 253 du Code pénal ; et il commettait difficilement une escroquerie, faute de tromperie préalable de la part du destinataire. L'article 254 du Code pénal résout cette lacune par une figure autonome, que la jurisprudence rattache expressément au quasi-contrat de paiement de l'indu des articles 1895 et suivants du Code civil, en précisant le point exact où cet illicite civil devient pénalement pertinent.
Les éléments constitutifs de l'infraction : un acte d'appropriation, non un simple usage
La jurisprudence exige la réunion de plusieurs éléments distincts. En premier lieu, un véritable acte d'appropriation — incorporation définitive au patrimoine du destinataire —, le simple usage transitoire de ce qui a été reçu ne suffisant pas, celui-ci pouvant être couvert par un autre titre légitime. En second lieu, que l'objet soit de l'argent, des effets, des valeurs ou tout autre bien meuble d'autrui. En troisième lieu, que la réception résulte d'une erreur authentique du transmetteur, sans intervention trompeuse du destinataire. Et, enfin, l'élément véritablement central de l'infraction : qu'une fois l'erreur signalée ou constatée, le destinataire ne procède pas à sa restitution, ou nie directement l'avoir reçue. C'est ce dernier point — la connaissance de l'erreur et la décision consciente de ne pas restituer ce qui a été reçu — qui sépare le simple accident patrimonial, dépourvu de pertinence pénale, du délit proprement dit.
Le cas paradigmatique : le virement bancaire erroné
Le Tribunal Supremo a appliqué cette figure à un cas devenu extraordinairement fréquent dans la pratique bancaire moderne :
"...consta acreditado que el ingreso fue anómalo, que fue indebidamente recibido, entregado por error, y que la cantidad erróneamente recibida no fue devuelta a su legítimo propietario." (« il est établi que le versement était anormal, qu'il a été indûment reçu, remis par erreur, et que la somme reçue par erreur n'a pas été restituée à son propriétaire légitime ».)
Tribunal Supremo (Chambre pénale), arrêt STS 30/2015, du 22 janvier 2015Dans l'affaire jugée, l'accusée avait reçu sur son compte bancaire un virement de plus de 25 000 euros en provenance d'une compagnie d'assurances, destiné en réalité à un tiers étranger à l'affaire au titre du rachat d'un plan de retraite, et avait disposé de la quasi-totalité du montant à son propre profit. Le Tribunal Supremo a confirmé la condamnation sur le fondement de l'article 254 du Code pénal, et non de l'article 253, précisément en raison de l'absence de toute relation de confiance préalable entre les parties : la seule source de l'obligation de restitution était l'erreur même du transmetteur. Recevoir aujourd'hui un virement inattendu sur son compte bancaire et en disposer sans vérifier ni signaler l'erreur constitue, en conséquence, un risque pénal réel et non purement théorique.
La responsabilité pénale incombe au destinataire, non à la banque
Il convient de distinguer clairement deux plans de responsabilité que l'on confond parfois. La jurisprudence civile a précisé que l'établissement bancaire qui exécute un virement conformément au numéro de compte fourni par le donneur d'ordre lui-même n'engage pas sa responsabilité, même lorsque ce numéro ne correspond pas au bénéficiaire réellement visé, son devoir de diligence se limitant à la vérification de l'identifiant unique de l'opération. Le risque de l'erreur dans la désignation du bénéficiaire pèse donc, sur le plan civil, sur le donneur d'ordre lui-même, sans préjudice du fait que cette erreur puisse engendrer, sur le plan pénal, la responsabilité du destinataire qui, informé de l'erreur, décide de ne pas restituer ce qu'il a reçu. Il s'agit de deux responsabilités autonomes : la responsabilité civile de la banque, généralement écartée lorsqu'elle a agi conformément aux données fournies, et la responsabilité pénale du destinataire, qui naît précisément de son comportement postérieur à la réception erronée.
Notre stratégie
- Pour le destinataire mis en cause : nous établissons, lorsque cela est possible, l'absence de connaissance réelle de l'erreur au moment de disposer des fonds, ou l'existence de démarches de restitution engagées de bonne foi auprès de l'établissement bancaire lui-même.
- Pour celui qui a effectué le virement par erreur : nous engageons simultanément la réclamation bancaire visant à l'annulation de l'opération et, lorsque le destinataire refuse de coopérer après en avoir été informé, la plainte pénale correspondante fondée sur l'article 254 du Code pénal.
- Détermination du montant : nous vérifions que la somme reçue dépasse le seuil de 400 euros exigé par l'incrimination pour sa pertinence pénale, par rapport à l'infraction civile de moindre gravité.
- Coordination avec la voie civile : lorsque le destinataire soutient de bonne foi un droit à retenir ce qu'il a reçu — en invoquant, par exemple, une créance compensable —, nous évaluons la possibilité de réorienter l'affaire vers l'action civile en répétition de l'indu.
Avez-vous reçu un virement ou un paiement qui ne vous revenait pas et faites-vous face à une réclamation ou à une plainte, ou êtes-vous celui qui a transféré des fonds par erreur et dont le destinataire refuse de les restituer ? Une action immédiate est déterminante dans les deux cas. Chez RAKH ABOGADOS, nous défendons vos intérêts avec rigueur technique dans toute l'Espagne.
Questions fréquentes, glossaire et comparatifs
Questions fréquentes
Est-il délictueux de conserver un virement bancaire reçu par erreur ?
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